Les troubles du comportement alimentaire : ma prise de conscience

Les troubles du comportement alimentaire : ma prise de conscience

Ce sujet est complexe tellement il existe de cas, de causes, de conséquences et d’états d’esprit.
Mais il me tient vraiment à coeur.

 

Les TCA c’est quoi ?

Ce sont des Troubles du Comportement Alimentaire.
Ces troubles se manifestent sous plusieurs formes. Les plus connues sont l’anorexie et la boulimie.
Il y a aussi l’hyperphagie : les personnes atteintes mangent plus ou moins régulièrement de grandes quantités de nourriture en très peu de temps. La différence avec la boulimie, c’est que ces personnes ne se font pas vomir.

Mais en fait, les TCA regroupent tous les troubles liés à l’alimentation. Contrôler ce qu’on mange au quotidien, que ce soit dans l’excès ou la privation. Y penser très souvent et organiser sa vie en fonction est aussi un trouble de l’alimentation.

Une fois qu’on a dit ça, on se dit « ok, en fait 90% des filles sont atteintes quoi ».

Il est très difficile de comptabiliser le nombre de personnes qui souffrent de ces troubles étant donné leur diversité. Et surtout, une minorité va consulter un professionnel pour ça.

Parce que ce sujet est tabou. Déjà l’anorexie et la boulimie ont été tabous pendant très longtemps. Surtout, ils n’étaient pas considérés comme de vrais problèmes. Aujourd’hui, c’est un peu mieux, mais tous les autres troubles alimentaires, personne n’en parle.

Je faisais récemment un post sur Instagram à ce sujet justement. Je m’intéresse beaucoup à ce sujet et plus ça va, plus je lis des témoignages de filles qui font régulièrement des crises de boulimie. Les langues se délient, et font apparaître un vrai problème de mal être, de manque de confiance en soi, de honte et de mensonges.

Oui parce que ce qui, de l’extérieur, est vu comme de la gourmandise ou une envie de faire attention à sa ligne, est en fait un problème général et beaucoup plus profond que ça.

Ce problème est essentiellement féminin (certains hommes sont aussi atteints de troubles alimentaires. Mais il me semble que la proportion est de 90/10).

 

VU DE L’EXTÉRIEUR

Une personne qui mange trop, c’est une personne qui ne se contrôle pas. Qui ne fait pas attention à elle, qui ne prend pas soin d’elle.

Dans la majorité des cas, les personnes qui ont des troubles alimentaires font tout pour ne pas que ça se voit.

Si tu commences à en parler, tu vas avoir le droit à différents types de remarques (selon ton apparence en général. Oui parce qu’il n’y a que ça qui compte…)

N’étant concernée que par l’hyperphagie et avec quelques kilos en trop, voici ce que j’ai pu entendre quand je me suis risquée à me confier.
Les gens prennent ça pour, au choix, de la gourmandise (si tu ne précises pas les quantités avalées) ou de la folie (si tu précises).

On va te dire :
« mais au bout d’un moment t’as plus faim non ? »
« attends, moi au bout d’une tablette je suis écoeuré »
« du coup tu m’étonnes que tu ne maigrisses pas » (si t’as eu le malheur de te plaindre de ton poids)
« c’est un manque de volonté, c’est que tu ne le veux pas vraiment » (LOL)
« va te faire un thé plutôt, ça fait passer la faim »

Oui, ça en dit long sur le caractère compréhensif et bienveillant des gens 🙂

 

VU DE L’INTÉRIEUR

En société, avec les collègues ou même les amis les plus proches, rien ne laisse paraitre que quelque chose ne va pas. Tu manges normalement, parfois pas assez d’ailleurs.

C’est quand tu es toute seule que les choses se gâtent.

Par exemple le soir, quand tu rentres du boulot. Ou alors le WE, quand tu sais que tu vas être toute seule, tranquille.

Dans ces moments-là, tu n’as qu’une envie, c’est de manger tout ce qui te fait plaisir. Alors tu passes au magasin. Parfois tu as une idée précise de ce que tu veux, parfois non. Mais tu trouveras forcément ton bonheur. Personnellement c’est au rayon chocolat et céréales. Alors tu prends tout ce qui te donne envie. Tu as hâte. Tu en prends plutôt + que -. Pas envie de te contrôler, pas envie de te restreindre.

« C’est ma soirée, mon moment à moi. »

Une tablette, un paquet de gâteaux, de la brioche, des céréales… Un avocat, et quelques fruits. Ouais, faudrait pas passer pour une ogresse à la caisse.

Tu sors du magasin, montes dans ta voiture.
Arrivée chez toi, tu te cales devant la télé, ou une série, ou n’importe quoi qui capte ton attention.
Tu ouvres tes différents achats et commence à manger un peu de chaque.

Mmmh. C’est bon. Ca fait du bien. Tu te relâches, t’attends ça depuis tellement longtemps.

Et là, c’est parti pour de longues minutes où tu vas engloutir le maximum de nourriture.
Jusqu’à t’arrêter, soit parce qu’il n’y a plus rien (mais en général tu trouves toujours), soit parce que tu es écoeurée.

Pas écoeurée genre t’as mangé une tablette.
Non, plutôt genre t’as tellement mal au ventre qu’il est prêt à exploser.

Alors tu t’allonges (tu ne peux pas faire grand chose d’autre avec ce mal de ventre) et tu continues ta série, pour essayer de ne pas y penser.

Mais ça ne marche pas. Et tu culpabilises.

« Putain mais j’suis grave de faire ça. Pourquoi j’ai besoin de manger autant de nourriture. Tous mes efforts pour maigrir foutus en l’air en 20 minutes. J’aurais dû résister à cette envie. J’ai vraiment aucune volonté c’est grave. »

Puis : « Bon, c’est pas grave, demain je recommence pour de vrai, sport et nourriture saine. Ca compensera. »

Voilà en gros comment ça se passe pour moi. Ce n’est évidemment que mon expérience et j’imagine bien qu’on ne vit pas toutes la même chose. Mais d’après les différents témoignages que j’ai entendus ici ou là, c’est pareil pour toutes, à peu de choses près.

J’ai ces crises depuis la fac je dirais. Donc une dizaine d’années. Plus ou moins régulièrement selon les périodes. Ça peut aller de 1 fois par mois à plusieurs fois par semaines.

Au delà des conséquences sur la santé (différentes et + ou – graves selon les types de TCA), les conséquences sont surtout mentales.

  • Mal être
    Le fait de se renfermer dans la nourriture est déjà la manifestation d’un certain mal être. Mais le fait de n’en parler à personne, et de ne pas comprendre pourquoi tu fais ça te fait rentrer dans un cercle vicieux.
  • Solitude
    C’est un sujet dont personne ne veut parler. A commencer par toi. Alors tu te crois seule à vivre ça et à avoir ce comportement étrange. Si tu oses en parler, les gens ne comprennent pas. Et du coup, personne ne peut t’aider à avoir les clés pour comprendre et avancer.
  • Estime de soi qui dégringole
    Tu te dis que tu n’as aucune volonté, que tu n’arrives à rien dans la vie. Que tu mérites bien tous ces kilos en trop. Sinon tu arrêterais tout simplement de manger tout ça.
  • Honte
    Avant d’avoir honte d’en parler autour de toi, tu as d’abord honte de toi-même. Après ta crise, tu as du mal à te regarder en face. Alors je ne parle même pas de regarder ton corps. Tu ne vois que ce qui dépasse, comme si tout ce que tu venais de manger s’était déjà installé sur tes cuisses.
  • Mensonges
    Personne n’est au courant de toutes ces quantités de bouffe que tu manges. C’est une chose.
    Mais…
    > quand tu ne manges qu’une salade au resto parce que tu n’as pas trop faim, personne ne sait que c’est parce que t’as fait une crise juste avant
    > quand tu as mangé tous les paquets de gâteaux de chez toi et que tu retournes les acheter pour que personne ne remarque et te pose des questions

 

LES CAUSES

Pendant toutes ces années, j’ai eu le temps d’y réfléchir, à ce problème qui me bouffait de l’intérieur.

Alors j’ai beaucoup lu.

Après n’avoir trouvé aucun traumatisme dans ma vie passée, j’en ai conclu que je mangeais lorsque j’éprouvais certaines émotions. La solitude, le stress, la tristesse. En mangeant, c’est comme si j’oubliais ma vie. Que pendant ces quelques minutes, rien ne pouvait m’atteindre, c’était moi et moi-même.

Le problème, c’est que je n’ai jamais vraiment réussi à identifier quelles situations provoquaient ces émotions. Et puis parfois, je n’ai même pas la sensation de ressentir une émotion particulière. Juste cette envie de manger. Que je sois triste, heureuse, stressée, impatiente, relaxée…

Et puis récemment, en discutant avec d’autres personnes, je me suis rendue compte que c’était bien un traumatisme qui provoquait ces crises. Mais un traumatisme d’aujourd’hui : cette obsession d’avoir un corps plus mince.

Pas un corps parfait, j’ai accepté que je ne ferai jamais du 36. Et puis aujourd’hui, je me sens beaucoup plus à l’aise avec mon corps. MAIS il m’obsède quand même tous les jours. Dès que je mange, que je m’habille, que je me vois dans une glace ou même une vitre.

Je me dis tous les jours qu’il faut que :

  • je mange moins de sucre,
  • je dois manger léger le soir
  • je fasse mes séances de sport un peu plus sérieusement

Cette pression sociale du corps parfait.
Du corps ferme et qui ne dépasse pas.
Cette cellulite / ces bras qui pendent / ces cuisses trop grosses.
Ces réflexions que tu te prends tous les jours sur ton physique.

Oui parce que depuis que tu es petite, tu es jugée dessus. Sur ta beauté, ta féminité, ta capacité à plaire. Peu importe que les jugements soient positifs ou négatifs, tout le monde y va de sa petite réflexion.

On dit beaucoup + aux filles qu’elles sont belles, qu’aux garçons.
On te dit que ça te va vraiment bien, cette taille retrouvée.

Alors cette pression, elle est tellement présente que tu te la mets toi-même tous les jours. Elle est devenue la normalité, tu ne t’en rend même plus compte. Et évidemment, tu n’y arrives jamais à ton objectif de fille parfaite. Qui plaît, qui ne dépasse pas. Il y a toujours quelque chose qui ne va pas. C’est comme ça que ton estime de toi baisse.

Tu es toujours dans le contrôle. Les restrictions que tu te mets te font automatiquement tomber dans le craquage (eh oui, l’être humain veut toujours ce qu’il n’a pas). Ces craquages sont vécus comme si c’était « la dernière fois », alors ils sont disproportionnés. Et puis tu culpabilises. Alors tu te promets de te restreindre à nouveau.

restrictions > craquage > culpabilisation > restrictions > craquage > culpabilisation > restrictions > …

Le cercle vicieux est lancé.

ATTENTION !
La restriction peut être physique ou mentale.
Par exemple, il suffit de penser « à partir de demain, je ne mange que des légumes le soir » pour enclencher une pensée restrictive, et donc envoyer le signal de la restriction au corps. Qui va prendre peur et déclencher ces pulsions, ces besoins incontrôlables de manger tout ce que tu t’es interdit.

 

Alors maintenant que j’ai compris que c’est avec moi même que je dois me réconcilier, j’essaie d’avancer doucement.

C’est avant tout un problème d’estime de soi, d’image de soi, de confiance en soi. Et c’est sur ça qu’il faut travailler.

Pas sur sa motivation.

 

RASSURANT vs FLIPPANT

Quand j’ai vu que d’autres filles avaient le même problème que moi, ça m’a d’abord rassurée.

« Je ne suis pas folle, si d’autres gens ressentent et font la même chose que moi, c’est que je ne suis pas SI bizarre que ça. »

Sauf que depuis quelque temps, je découvre énormément de filles qui parlent de leur expérience. En disant tout ce que j’aurais pu raconter moi-même. Et j’ai pris conscience que ces troubles (et toutes ses conséquences) qui impactent mon quotidien touchent aussi des milliers d’autres filles.

Toutes ces filles qui mentent régulièrement, qui ont comme une vie parallèle quand elles sont seules, qui se renferment sur elles-mêmes parce que ce phénomène n’est pas connu (ou tabou…) et qui se font du mal toutes seules en étant persuadées qu’elles sont nulles, sans motivation…

Ca m’a réellement fait un choc.

Parce que personne ne devrait se sentir comme ça. Personne ne devrait, pour une histoire d’apparence, voir sa confiance en soi bafouée à ce point.

 

SENSIBILISATION

Cette révélation me fait me poser la question de la sensibilisation. Parce que cette pression du corps, on la subit partout. Parfois même de femmes qui souffrent du même mal. Parce que faire des réflexions sur le physique, c’est normal.

Non. C’est pas normal.

Pourquoi ne pas davantage valoriser le potentiel des gens. Des enfants, des adultes.

Dire à une fille qu’elle est belle, oui. Mais parce que la beauté est un tout. C’est qui elle est, et pas seulement son physique.
Arrêter de comparer les filles entre elles (le nombre de fois où j’entends ça de la bouche de parents…) mais plutôt leur faire comprendre qu’elles sont uniques, qu’elles sont très bien comme ça et qu’elles valent le coup, qu’elles méritent d’être aimée telles qu’elles sont.

Les sensibiliser sur cette pression, et leur montrer le bon exemple.

 

Pour moi, trop peu de parents et d’adultes en général en ont conscience. Il faut vraiment leur faire comprendre les conséquences que ça a. Surtout que les efforts à faire ne sont pas si compliqués. Ce sont juste des réflexes à changer.

Et puis, qui ne veut pas que sa fille soit valorisée par ses qualités humaines plutôt que ses qualités physiques ?

 

5 Commentaires

  1. Boulette
    3 septembre 2017 / 13 h 42 min

    Super article !!! Merci

  2. Sasa
    26 septembre 2017 / 11 h 49 min

    Excellent article beaucoup se sentent concernée mais incomprise…

    • 26 septembre 2017 / 16 h 07 min

      Merci beaucoup pour ton commentaire Sasa ! Oui, c’est encore très tabou, les gens non concernées ne connaissent pas ou ne veulent pas voir… Ce qui me rassure c’est que j’ai l’impression que petit à petit, la parole se libère sur Instagram & YouTube. En espérant que ça atteigne un maximum de personnes. Je suis persuadée que même si ça n’apporte pas forcément de solution, le fait d’en parler, de se sentir moins seule aide beaucoup 🙂

      • Sasa
        29 septembre 2017 / 23 h 53 min

        Oui c’est clair, ne pas se sentir seule comme ça honteuse dans son coin ca rassure

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