MON DECLIC

Il est 22h, Mehdi vient de partir de chez moi, et il y a un paquet de gâteaux dans le placard.
J’ai fait exprès de le ranger. De le cacher.
Mais impossible de ne pas y penser.

La meilleure façon d’oublier c’est de s’occuper, non ?

Donc voilà, je me suis dit qu’écrire, m’interroger et partager, ça me ferait du bien.
Mettre des mots sur cette sensation étrange de se laisser envahir par ses pulsions. De se faire bouffer par une partie de son cerveau.

Je me suis toujours dit que j’étais seule à être comme ça. A dévorer tout ce qu’il y a chez moi dès que je me retrouve seule.
Pourvu que ce soit fat, pourvu que ce soit rapide.

J’ai longtemps caché à mon entourage. Impossible qu’ils se rendent compte de quoique ce soit.
Facile quand on vit seule de faire comme si tout allait bien. De racheter ce paquet de gâteaux pour donner l’illusion qu’il n’a pas bougé depuis la semaine dernière.
Facile de sortir et dire “non, je n’ai pas très faim”. Alors qu’on vient de se boulotter une baguette avec du beurre. Et une ou deux tablettes de chocolat.

La seule qui est au courant c’est moi. La seule qui peut me comprendre c’est moi. La seule qui culpabilise c’est aussi moi.
Et la seule qui peut m’aider ben…bonne question.

Je m’en suis fait des promesses. Des bonnes résolutions post craquage où je me jure que plus jamais.
“C’est la dernière fois”
“Demain je reprends tout du début”
“Comment j’ai pu oublier la souffrance de l’après”

Mais c’était sans compter la puissance de mon cerveau. La capacité qu’il a à disparaître, à s’arrêter de réfléchir quand la pulsion arrive.

Donc ça recommence, et on culpabilise encore. Encore plus fort.
Et puis on s’habitue. On se dit que tant pis. On se rattrapera en mangeant que de la soupe le reste de la semaine.

Ca devient presque un rituel. Où on sait que là, dans 2h, on va s’empiffrer.
Et on a hâte.

On a hâte et en quelques minutes, on se dégoûte. L’impression d’avoir deux personnes à l’intérieur de moi.

Personne n’est au courant. Pas même mes proches, même les plus présents. Ni même mon copain.

J’ai caché, ou en tout cas minimisé. J’ai évité les conversations.  J’ai pleuré de honte à chaque fois que ce sujet était abordé.
Avec ma phrase préférée “Nan mais tu peux pas comprendre”.

En général, c’est à ce moment là que les gens arrêtent la conversation. Ils voient bien que tu es mal à l’aise.
Et puis à force de mettre en place tous les stratagèmes possibles pour parler d’autre chose. Ca fonctionne.
Donc on passe à un autre sujet.

Et puis j’ai rencontré Mehdi.

Je ne vais pas vous raconter ma vie en détail. Mais ça faisait quelques mois que nous étions ensemble, quand on a commencé à aborder ce sujet.

Je ne sais plus comment c’est venu sur la table. Mais j’ai eu la même réaction que d’habitude :
“pas envie d’en parler”
“tu ne vas pas comprendre”
“c’est plus compliqué que ça”
“viens on parle d’autre chose”
“S’IL TE PLAIT”

Le problème, c’est que je suis tombée sur le seul mec sur Terre qui, quand un sujet l’intéresse, il peut être 2h du mat et devoir se réveiller à 7h pour aller bosser le lendemain, il va jamais te lâcher.

C’est pas son problème si t’en n’as pas envie. Si ça fait mal. Il le sait que ça fait mal. Ca se voit, tu n’arrives plus à t’arrêter de pleurer.
Je peux vous dire que j’ai résisté. Je me disais nan mais, il va arrêter au bout d’un moment.
Je ne veux pas, je ne veux pas, point.

Mais à force de rester sur ses positions. A force de questions qui font mal. La résistance ne tient plus, on balance tout.

Alors on se cache évidemment, on se met de dos et on le prévient :
“tu pourras pas dire que je t’aurais pas prévenu quand tu voudras qu’on se sépare parce que je te dégoûte”

Alors je raconte, sans tabou et en pleurs.

Les pulsions. Les mensonges. L’incompréhension de ce comportement que je ne contrôle pas. La mauvaise vision de moi-même et tout ce qui ne me rend pas heureuse.

Je lâche tout. Et ça fait du bien.

Ca fait vraiment du bien. Je me sens honnête, autant avec lui qu’avec moi-même.
Et surtout, il est toujours là.

Il n’a pas l’air ni choqué ni d’avoir peur, il essaie juste de comprendre. Il me pose des questions plus précises.
Comment je me sens dans ces moments là ? A quoi je pense ? A quels moments ça arrive ? Depuis quand ? Qu’est-ce que je mange par exemple ?

Etonnée de sa réaction réfléchie, je lui réponds.

Mais pourquoi il reste aussi calme ? Pourquoi ça ne le choque pas ? Alors que ça fait 30 minutes que je lui dis que c’est GRAVE.

Et d’un coup, je prends conscience que ce truc que je croyais énorme, c’est juste un problème parmi les problèmes de tous les jours.

Que ce n’est pas tabou. Que le monde n’éclate pas quand on en parle. Et que même ça se trouve, ça se soigne.

C’était il y a 2 ans.

Depuis j’ai perdu 20kg, petit à petit.
Et même si, comme ce soir, j’ai encore des pulsions de temps en temps. Je réussis beaucoup mieux à les maîtriser et à les comprendre.

C’est une autre forme de pulsion que j’ai eu ce soir. Celle d’écrire. Oui ça n’a a priori rien à voir, mais tout le monde dit qu’écrire, ça guérit.

Alors on va voir 🙂

Et puis, après ces 2 ans, je pense pouvoir dire que j’ai appris beaucoup.
Sur moi-même. Sur l’alimentation. Sur la psychologie.
Et tout ce qui se rattache aux problématiques de poids/nourriture.

Alors au-delà de l’aspect thérapeutique de ce blog, je me dis que c’est aussi l’occasion de partager mes connaissances sur le sujet.
Sur ce qui a plus ou moins bien fonctionné, sur les différents états par lesquels je suis passée.

Evidemment nous somme tous différents.
Je ne prétends pas connaître la vérité absolue. Et je n’ai jamais été voir de nutritionniste

(c’est sans doute un tort, je suis persuadée qu’il y en a de très bons. Mais malheureusement, le peu de conseils reçus par le corps médical m’ont quelque peu vaccinés. J’en reparlerai surement, mais quand ma gynéco me propose, pour perdre du poids et sans rien me demander, de manger une patate bouillie avec une tranche de blanc de dinde tous les midis. Alors que je viens de rentrer à la fac. Je me dis que le côté psychologique du problème s’est perdu en route. Et que c’est bien dommage.)

Mon expérience est donc très personnelle.
Guidée par le bon sens, internet, quelques livres, et…mon amoureux 🙂

J’ai fait beaucoup (genre…beaucoup) de recherches sur internet. Au delà des conseils nutritionnels, je recherchais des expériences, des témoignages, du vécu !
Les blogs qui en parlent sincèrement sont trop rares. Et les forums de 2010 qui parlent de Dukan ou WW,…bon. Voilà quoi.

Je souhaite donc apporter ma petite pierre à l’édifice. En espérant que vous vous retrouverez en partie dans mes témoignages.
Et que si ça permet à certaines d’entre vous de ne pas se sentir seules pendant quelques minutes. C’est déjà ça de gagné 🙂

Evidemment, c’est un espace de partage. Il y a tellement à dire sur ce sujet que j’espère avoir des échanges avec vous dans les commentaires !

Au cas où vous vous posez la question. Non, je n’ai finalement pas mangé les gâteaux.
Ce n’est sûrement que partie remise, mais c’est toujours ça de pris 🙂
Je ne sais pas si c’est grâce à l’écriture de cet article. Mais si oui, il risque d’y en avoir pas mal, des articles.